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VALÉRIE DOUNIAUX

Publié dans : Les articles Culture de Valérie Douniaux

Tu seras sumo, une plongée dans le monde fascinant des lutteurs

Le film de la réalisatrice Jill Coulon nous ouvre les portes de l'univers mystérieux des lutteurs japonais

Avec ce premier film, la réalisatrice Jill Coulon nous entraîne dans un monde méconnu, celui des écuries de sumô. Car, si tout le monde connaît la figure impressionnante de ces lutteurs japonais, peu d’entre nous savent par quel difficile parcours il faut passer pour devenir un compétiteur émérite, et quels sacrifices il faut endurer pour se maintenir dans ce monde exigeant et souvent cruel.

La découverte par l'observation

Il ne faut pas attendre avec ce film des explications poussées sur l’histoire et les origines du sumô, sur les règles du jeu ou la hiérarchie, sur les récents scandales qui ont égratigné l’image de sport… la réalisatrice a pris le parti de suivre son héros, le jeune Takuya, sans imposer de commentaires en voix off, de laisser le spectateur se faire une idée personnelle à travers ce qu’il observe. Une manière de faire très japonaise au final, puisqu’au Japon l’acquisition d’un art ou d’une technique, quels qu’ils soient, passent toujours par une phase d’observation, durant laquelle l’élève regarde faire ses aînés, détaille du regard et mémorise progressivement le moindre de leurs gestes jusqu’à pouvoir les reproduire à son tour. On retrouve d’ailleurs ce procédé dans l’univers du sumô, l’entraîneur donnant peu d’indications techniques à ses poulains et Takuya avouant même, lors de son premier tournoi, ne pas comprendre ce qu’il doit faire.

Pression sociale contre vocation personnelle

Néanmoins, le film est riche d’informations, et permet de suivre au plus près la vie, les espoirs et les doutes du jeune Takuya, engagé dans la voie du sumô sous la pression de son entourage (et surtout de son père), plutôt que par conviction personnelle. La question est donc de savoir s’il parviendra à trouver malgré tout sa place dans cet univers, à faire un succès de cette « mission » qu’on lui a assignée, et pour laquelle on lui a signifié que l’échec était impossible. On voit donc que sont sous-jacentes ici bien des notions fondamentales, telles que celles de la pression sociale, du devoir, du respect filial, de la honte liée à l’échec… toutes choses difficiles à appréhender pour un jeune homme de dix-huit ans, à peine sorti de l’adolescence et n’ayant probablement jamais quitté son île de Hokkaidô. Déraciné à Tôkyô (qu’il ne peut même découvrir, tant ses journées sont chargées), isolé de ses camarades, Takuya va devoir rapidement mûrir, et faire des choix peu évidents. Ce n’est pas pour rien que le sous-titre du film est Shinbô (patience, endurance).

Un touchant parcours de vie

Les images du film sont parfois un peu intrusives, mais toujours très belles. Tu seras sumô est un vrai régal pour l’œil, et on suit avec intérêt, souvent avec émotion, le récit bien construit, qui se déroule tel un film de fiction. C’est un vrai chemin de vie qui nous est conté, grâce à la réalisatrice et à tous les « acteurs » qui ont courageusement accepté de la laisser filmer leur quotidien. Au vu des images, il semble que l’équipe du film a su s’intégrer à son environnement, se faire accepter, ce qui n’a pas toujours dû être chose aisée. Donc merci pour cette plongée absolument unique dans un monde réputé pour son opacité, et dont on découvre ici l’aspect humain. Car avant d’être des « demi-dieux », ces lutteurs sont avant tout des hommes !

En savoir plus

http://www.tuserassumo-lefilm.com

À propos de l'auteur

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VALÉRIE DOUNIAUX

Docteur en Histoire de l’Art, spécialisée en art
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