Les Soundsuits de Nick Cave s'installent au Tri Postal de Lille

Les étonnants Soundsuits du plasticien Nick Cave ont déjà séduit le public américain et créent l'événement à l'occasion de Lille 3000
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Nick Cave (à ne pas confondre avec son homonyme, le célèbre musicien d'origine australienne), est un artiste multidisciplinaire, styliste, plasticien et performer, né en 1959 dans le Missouri. Ancien danseur, il possède un sens évident du rythme et du geste, dont il nourrit ses créations plastiques, en particulier les fameux Soundsuits qui l'ont fait connaître.

Sous couvert de fantaisie, une interrogation sur notre société contemporaine

Né dans une famille modeste, Nick Cave attribue son intérêt pour les objets trouvés et les assemblages aux conditions de vie qu'il a connues durant son enfance. C'est pendant ses études à l'Institut des Arts de Kansas City qu'il apprend à coudre, tout en étudiant également la danse grâce à un programme sous la direction d'Alvin Ailey, à Kansas City et New York. Après un passage à l'Université du Nord Texas à Denton, il termine ses études à l'Université des Arts de Cranbrook, dans le Michigan. Résidant désormais à Chicago, il transmet à son tour son expérience à la nouvelle génération, en présidant la section mode de l'Institut d'Art de Chicago.

Ses Soundsuits sont composés d’éléments de récupération divers, brindilles, fils de fer, dentelles, cheveux, boutons, perles, plumes, figurines de porcelaine, jouets et objets les plus hétéroclites… un mélange coloré de matières naturelles et industrielles, de délicates œuvres nées de la main de l’homme et de vulgaires objets du quotidien, auxquels la réutilisation par l’artiste confère noblesse et beauté. Comme l’explique Nick Cave « Dans mon studio, je parviens à atteindre le point où mon travail se transforme en un rêve fantastique qui laisse place à l’imagination, au champ des possibles et je n’attends qu’une chose, le partager avec le reste du monde ».

A partir de kitschissimes patchworks de crochet ou d’assemblages farfelus des rebuts de la société de consommation, Nick Cave élabore des créations dignes de l’appellation haute-couture, mais aussi pleines d’humour et de gaité. Le propos n’est cependant pas futile, et ces luxuriantes panoplies ont une massivité et une force parfois menaçante. Elles évoquent en filigrane certaines questions sociales toujours vives, comme les émeutes raciales de 1992 qui les ont inspirées. Elles nous rappellent aussi les masques et costumes rituels des sorciers des tribus primitives, tout en étant dans le même temps clairement inscrites dans notre société contemporaine, marquée par le gaspillage.

Des sculptures vivantes et sonores

Présentés comme des sculptures, les Soundsuits prennent vie dans les films et les performances menés par l’artiste. C’est une véritable prouesse pour les danseurs et comédiens de revêtir ces dérisoires armures dénuées de visage et parfois même de bras. Les costumes-totems se meuvent, chantent, bruissent, cliquettent… créant une étrange musique, à laquelle ils doivent leur nom.

L’exposition Phantasia , présentée jusqu’au milieu du mois de janvier au Tri Postal de Lille, permet d’appréhender les deux dimensions du travail de Nick Cave, la qualité sculpturale de ses Soundsuits , assemblés en une spectaculaire installation, et leur puissante énergie vitale, lorsqu’ils s’animent grâce aux mouvements des danseurs qui les revêtent. Un géant gonflable baptisé Surrational (et surnommé « le poussin » par les employés de l’usine française qui l’a réalisé), dont la version originale avait déjà pris son envol dans les cieux américains, a mené la parade d’ouverture de Lille 3000 , réconciliant plus que jamais art et manifestation populaire. Une union qui demeure l’un des objectifs majeurs des organisateurs de l’événement, dans une région où la tradition carnavalesque demeure profondément ancrée.

En savoir plus

http://www.fantastic2012.com

http://www.saic.edu/gallery/saic_profile_faculty.php?type=Faculty&alpha=C&album=461

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