Léon Tolstoï et les femmes

Toute sa vie, ce grand écrivain souffrira d'une dépendance charnelle à l'égard des femmes, adulées ou détestées, il ne peut leur résister.
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De sa jeunesse moscovite, oisive et débauchée à son engagement militaire lors des guerres de Crimée, les femmes n’ont cessé d’exercer une attraction sensuelle qui marquera la vie et l’œuvre de Léon Tolstoï.

Une attirance précoce

Le petit Léon n’a que 18 mois quand il perd sa mère, et à l’âge de 9 ans son père décède. Il est élevé ainsi que ses frères par ses tantes et plus particulièrement par sa tante Toinette à laquelle il est très attaché.

Jeune homme farouche et timide, son attirance précoce pour la gente féminine l'effraie. Il réalise bien vite que la compagnie des femmes représente un danger cependant il est incapable de réprimer ses pulsions, alors pendant un certain temps, il se tiendra éloigné d'elles.

Quand ses frères entreprennent de le déniaiser en l’emmenant dans une maison de tolérance, le jeune homme éclate en sanglot, il confiera que la découverte de sa sexualité l'attire et le repousse, comme s'il souhaitait s'y soustraire pour se consacrer uniquement aux choses de l’esprit.

La contradiction de son existence s'exprime ainsi : les préoccupations spirituelles face au désir de la chair...

Une jeunesse débauchée

A l’âge de 13 ou 14 ans, Tolstoï déclare éprouver un sentiment très semblable à l'amour pour une "grosse femme de chambre au joli minois". Il évoquera plus tard, une jeune fille de noblesse provinciale, en indiquant que ses relations avec elle "n’ont jamais dépassé cet état de pureté qui n’est que le penchant d'une âme vers une autre âme ".

Ces chastes considérations vont bientôt vite être balayées par une animalité puissante qu'il clamera ainsi dans son journal intime : "Il m’est indispensable de posséder une femme. La luxure ne me laisse pas une minute de répit".

Les tsiganes, ces "êtres de chair", les femmes de salon, les serves de son domaine de Poliana, les princesses de la cour du tsar Nicolas 1er se succèdent dans sa vie, envahissent ses sens et Tolstoï sombre dans la débauche et la luxure.

En juin 1850, il avoue dans son journal intime : "Impossible de vaincre mes désirs charnels ; et je les surmonte d’autant moins que cette passion a dégénérée chez moi en habitude".

Le mariage, rempart contre la luxure

Jusqu’à l’âge de 32 ans "la vie bête" comme il aimait à la qualifier, s’écoule paisiblement : Entre les parties de cartes, le champagne coule à flot, Tolstoï satisfait son animalité exigeante auprès d’êtres sensuels auxquels il ne peut résister.

Sa quête insatiable de sensualité faite de conquêtes féminines est-elle conciliable avec l’amour ce sentiment qui transporte les âmes ?

Pour fuir sa vie dissolue, Tolstoï décide de se marier.

Après avoir fait une cour assidue à Sophie Bers, la fille d'une de ses amies d'enfance et d'un médecin attaché au palais impérial de Moscou, le mariage est prononcé en 1862.

Tolstoï est heureux, il n'ose pas croire à la réalité : "Moi vieux sot édenté, je suis tombé amoureux" confiera -t-il dans son journal intime.

Rempli d’espoir, Tolstoï sait que son mariage représente un rempart contre la tentation, une possibilité de créer un foyer familial et de revenir à une vie stable et monogame.

L'enfer du couple Tolstoï

De 16 ans sa cadette, Sophia a une image idéaliste de l’amour que Tolstoï rompra très vite en lui faisant lire, la veille de leur mariage, son journal intime ou il a minutieusement consigné ses frasques amoureuses.

Les premières années de mariage sont heureuses, mère accomplie, Sophie lui donnera 12 enfants. Tolstoï se consacre à l'écriture et atteint cet état de sérénité qui lui permet de créer ses plus belles œuvres, Guerre et Paix en 1869 et Anna Karénine en 1877.

L’année 1888 donne naissance à la sonate de Kreutzer, véritable réquisitoire contre le mariage et l’amour charnel. L'histoire évoque la rencontre entre le narrateur et un homme mystérieux au passé douloureux. Au gré d’un long voyage ferroviaire, cet homme évoque les affres de son mariage, espace de querelles et de jalousies puis les réconciliations charnelles. Au final, convaincu que sa femme le trompe, il l’a tue.

Ce roman est la transcription réaliste d’une vie maritale devenue insupportable. Son mariage s'est mué en un enfer alimenté par le choc perpétuel de deux fortes personnalités. Influencé par sa vie privée , Tolstoï déclare dans la sonate à Kreutzer : "Les femmes se sont muées en armes d’assaut sensuel au point que les hommes sont incapables d’entretenir avec elles des relations paisibles ".

A la fin de sa vie, Tolstoï parvient à vaincre sa dépendance charnelle à l’égard des femmes, il refusera même que la compagne de 48 années de vie tumultueuse et destructrice assiste à ses derniers soupirs...

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