La Conquête de Plassans 1: La mission de l'abbé Faujas

Quatrième volet des Rougon-Macquart, La Conquête de Plassans ouvre un nouveau chapitre sur cette ville, ses habitants et de ses petites révolutions.
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La Conquête est un retour dans la petite ville de Plassans, après un interlude à Paris ( La Curée ) ainsi que dans les Halles centrales de Paris ( Le Ventre de Paris ). Pour ce quatrième volet des Rougon-Macquart , Émile Zola revisite Pierre et Félicité Rougon ainsi qu’Antoine Macquart, après les avoir suivi de près dans le premier roman de la série, La Fortune des Rougon . Leur rôle secondaire dans La Conquête permet une mise à jour sur la vie de Plassans, une suite à La Fortune . Dans l’ébauche de ce nouveau roman, Zola écrit : « Comme marche générale dans l’œuvre, il est temps de revenir à Plassans, où, de longtemps ensuite, je ne pourrai remettre les pieds ».

Trios

Une fois de plus, Émile Zola structure l’action de son roman autour d’un trio de personnages. Ici, c’est Mouret, sa femme Marthe et le nouveau venu à Plassans, l’abbé Faujas, qui sont le centre de l’histoire. Mais cette division de l’action entre trois personnages n’est pas une nouveauté dans le cycle des Rougon-Macquart . Dans La Fortune des Rougon , Pierre, Félicité et Antoine se livraient une lutte politique et sociale dans le but de prendre possession de Plassans. Par la suite, dans La Curée , l’histoire impliquait principalement Aristide Saccard (né Rougon), son fils Maxime et sa seconde épouse Renée. Dans Le Ventre de Paris , encore une fois, trois personnages supportent l’action du roman : Quenu, la belle Lisa Macquart et Florent. La Conquête de Plassans poursuit cette habitude de Zola d’introduire un tiers parti pour renverser un pouvoir établi, que ce soit dans un cadre politique, économique, familial ou personnel.

Les Mouret

Marthe et François Mouret mènent une vie tranquille avec leurs deux fils, Octave et Serge, ainsi qu’avec leur fille Désirée, née « idiote ». Marthe aime rester à la maison avec ses enfants et évite les mondanités sous les ordres de son mari : « D’ordinaire, il la tenait au logis, ayant besoin d’elle pour mille petits services, grognant quand elle s’absentait pendant une heure. » Le bon fonctionnement de la maison des Mouret est ébralé lorsque le second étage de la maison est loué au nouvel abbé de Plassans, l’abbé Faujas. Lorsque Faujas et sa mère s’installent chez les Mouret, la dynamique de la famille est complètement bousculée. François devient obsédé par son locataire; il utilise ses enfants comme agents d’espionnage pour en savoir plus que cet étrange personnage. Sa curiosité le pousse à inclure l’abbé et sa mère dans le quotidien de la famille Mouret, avec évidemment pour but de régner sur les commérages de Plassans. Dès lors, ils partagent repas, soirées, parties de cartes, ainsi que l’important jardin familial. « Mouret jouissait d’être le seul dans Plassans qui pût se vanter de connaître l’abbé Faujas; il abusait même un peu de cet avantage. »

L’abbé Faujas

Faujas est envoyé à Plassans par le pouvoir bonapartiste, avec mission de ramener la ville légitimiste à l’Empereur (voir Notice de La Conquête de Plassans, Folio Classique, 1990). L’intérêt de Mouret pour l’abbé Faujas est une opportunité en or pour ce dernier de s’immiscer dans la famille et de commencer son grand travail de conditionnement et de manipulation. Son pour objectif est d’acquérir la sympathie des habitants de Plassans, pour ensuite les soumettre à sa doctrine et finalement contrôler la communauté entière. La curiosité de Mouret est donc utile à l’abbé Faujas; l’alliance des deux hommes sera profitable à chacun d’eux, mais elle les poussera aussi l’un contre l’autre. La présence de Faujas sera rapidement perçue comme une intrusion lorsque l’ œuvre de l’abbé portera fruits, c’est-à-dire lorsque Marthe sera poussée vers la pratique religieuse et tiendra tête à son mari. L’abbé Faujas n’est pas qu’un simple locataire; il utilise les Mouret pour atteindre une position de pouvoir à Plassans. Sa religion ne fera pas le bien , mais sera un élément de destruction de la famille Mouret.

La Conquête de Plassans est donc un roman sur la religion dans un petit village. Zola établit clairement le pouvoir ultime de la religion – pouvoir qui surpassera la politique de Plassans et même le pouvoir monétaire. L’abbé Faujas poursuit une mission et il emploie le devoir religieux pour acquérir un certain contrôle sur les habitants de Plassans. Même lorsqu’il en aura l’opportunité, Faujas refusera d’accumuler une richesse et il rejettera l’idée de se prononcer sur les élections prochaines de la ville. Mais malgré ses vœux de pauvreté et de neutralité, le personnage de Faujas a plus d’un tour dans son sac et tous ses beaux principes cachent une seconde nature – un être assoiffé de pouvoir. Et comment l’abbé Faujas arrive-t-il à gagner la sympathie de Plassans? En usant de propagande et de commérages – deux éléments dominants chez Zola.

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