La Faute de l'abbé Mouret 2: l'amour menant à la folie

Cinquième roman de la série des Rougon-Macquart, La Faute de l'abbé Mouret présente la lutte fiévreuse opposant la religion aux plaisirs de la nature!

La Faute de l’abbé Mouret raconte l’histoire classique, et très dramatique, d’un prêtre amoureux. À l’époque de l’écriture, en 1875, Émile Zola offre un nouveau portrait du prêtre : d’abord avec l’abbé Faujas de La Conquête de Plassans, et ensuite avec l’abbé Mouret, élève obéissant de Faujas.

Les prêtres de Zola

Dans La Conquête de Plassans, l’abbé Faujas est un prêtre manipulateur, qui renverse tout le village de Plassans pour des raisons politiques. Sa description est loin des prêtres traditionnels dans le roman de l’époque, qui sont « secs et gris, pétris d’onction et de diplomatie, ensoutanés à force de vouloir satiriser les soutanes, et qui sentent la sacristie à l’encens refroidi. », selon une description d’Henri Mitterand inclue dans la collection Folio classique, aux Éditions Gallimard. L’abbé Faujas est l’image du prêtre corrompu. L’abbé Mouret, quant à lui, est un personnage qui se situe entièrement dans l’amour et la dévotion. C’est l’abbé Faujas qui, dans La Conquête de Plassans , avait introduit Serge aux écritures saintes. La Faute de l’abbé Mouret retrouve Serge une fois ses études terminées, maintenant prêtre aux abords de Plassans, dans une église en ruine dans le village des Artaud.

La folie de Marthe et de Serge

Dès le début du roman, c’est le culte de Serge qui est un indicateur de son caractère; il rappelle la dévotion extrême de sa mère, Marthe, dans La Conquête de Plassans . Rappelons que Serge est l’enfant d’une union entre Rougon et Macquart, et que déjà, dans La Conquête de Plassans , Marthe souffrait de la folie venant de Tante Dide, pilier fondateur de cette lignée. La ressemblance entre Marthe et Serge est indéniable; ils s’enfoncent tous deux dans une recherche spirituelle tellement désespérée qu’elle provoque la maladie mentale, la déclenche à l’aide de la prière, avec l’attente terrible et jouissive d’un bonheur plus grand et plus fort que la vie elle-même. Ces deux personnages ne vivent pas dans la réalité physique et matérielle de leurs vies : ils s’engouffrent dans une prière folle qui les exclue de la réalité. « Il était la chose de Dieu. Alors, de cette abjection où il s’enfonçait, un hosannah l’emportait au-dessus des heureux et des puissants, dans le resplendissement d’un bonheur sans fin. »

Après Plassans, le village des Artaud

La vie de prêtre dans le village des Artaud est ardue; les paysans vivent de leur agriculture et la religion n’est pour eux qu’une perte de temps. Ce sont des hommes et des femmes de la terre, qui n’ont aucune instruction et qui trouvent leur bonheur dans la liberté et la sauvagerie. Les comparaisons entre les femmes et les bêtes sont répétées tout au long du roman, accentuant le côté primitif et sauvage des esprits des habitants, mais aussi de l’image de la femme comme impure par sa procréation et bestiale par son comportement. D’où l’adoration de Serge pour la Vierge Marie, élément important dans le cheminement religieux de celui-ci. Notons que ces rapprochements et critiques sont majoritairement faits par le Frère Archangias, et que la religion décrite par Zola n’est pas très douce et sereine, mais plutôt injuste et blessante. La Vierge Marie apaise l’image de la femme pour Serge, elle « consolait son épouvante de la foi, son refuge d’homme perdu au milieu des mystères du dogme ». La religion de Serge dépasse ses fonctions de prêtre, c’est son esprit qui en souffre et sa folie qui prend le dessus de son corps. Serge multiple les prières et les rites religieux; sa ferveur grandit au point où il oublie de manger et de dormir. Sa croyance devient une fièvre, une maladie, une folie qui le poussera à une « mort » physique clôturant le premier livre du roman : « Et l’abbé Mouret, claquant des dents, terrassé par la fièvre, s’évanouit sur le carreau. ». La religion est ici signe de folie, et la sauvagerie signe de liberté.

Émile Zola met en scène dans La Faute de l’abbé Mouret , le caractère fragile de Serge qui lui vient de sa mère Marthe. Encore ici, la folie passe d’une génération à l’autre, et le moindre souffle d’amour et de passion est garant de folie et de perte. Dans La Curée (deuxième roman de la série), la folie provenait d’un culte de l’amour physique, ici c’est un culte religieux qui est exploré et qui provoque la maladie. Une constance dans les premiers romans de la série des Rougon-Macquart : la passion menant à la folie!

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