La Faute de l'abbé Mouret 3 : les lieux

Emile Zola prend beaucoup de soin à décrire les lieux de ses romans; ceux-ci deviennent plus grands que nature, à la manière d'un personnage sans voix.
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La Faute de l’abbé Mouret est l’un de ces romans où les lieux sont plus significatifs que les actes des personnages; où le décor offre une partie de l’énigme. Zola installe l’intrigue de son roman au village des Artaud, qui tout en étant près de Plassans, en est tout de même retiré, à part. Un village rocheux où le soleil est puissant, écrasant. L’église de Serge est en ruine, dépérit chaque jour, au milieu de la campagne verte. Zola décrit un endroit sauvage, où la nature semble avoir pris le dessus sur l’homme; les habitants des Artaud sont donc ignorants, impolis, sans aucune manière sinon une entière liberté de leur être.

Les Artaud

Cette sauvagerie des habitants des Artaud contraste avec la nature réservée de l’abbé Mouret, ainsi qu’avec sa culture religieuse. En effet, Serge passe le plus clair de son temps à lire son bréviaire, alors que tout le village s’efforce à travailler la terre. Le village vit au gré de la nature, du jour et de la nuit. Serge ne voit aucune distinction entre ceux-ci. Sa vie se résume à ses prières, le jour ne se distingue pas de la nuit, et son mode de vie intérieur le distingue des habitants des Artaud. Ces derniers sont installés dans la nature sauvage et ils en sont le portrait : ils sont libres. Quant à Serge, il est à l’image de son église : pauvre, faible, prisonnier.

Le Paradou

Dans ce roman, Emile Zola décrit avec extrêmement de détails le jardin de la jeune Albine, le Paradou, dans lequel elle vit. Ce lieu est aussi à l’écart du village, et Albine est, elle aussi, séparée des autres habitants. Toutefois, son décor est complètement à l’opposé de celui de Serge. Elle habite dans une abondance fantastique de fleurs, d’arbres et de plantes diverses, où tous les fruits poussent en grande quantité et où les animaux sont des compagnons aussi aimables que les hommes. Lorsque Serge se retrouve au Paradou avec Albine, il oublie son passé et sa prêtrise. Il passe d’une prison à une autre : de l’église au jardin fermé du Paradou. Serge est donc le fruit de l’environnement dans lequel il se trouve. Enfermé dans l’église, il entre dans une transe religieuse conduite par les illustrations saintes. Au Paradou, cloîtré dans le jardin d’Albine, sa transe est celle de la nature humaine; Serge devient un sauvage à l’image des habitants des Artaud.

Les lieux de l’hérédité

Cette influence de la nature sur l’homme n’est pas une nouveauté dans la série des Rougon-Macquart. L’exemple démontrant le mieux cela est le personnage de Renée dans La Curée , qui provoquera des amours différentes selon les pièces de la maison dans laquelle elle se trouve. Rappelons aussi que c’est le jardin qui provoquait les ardeurs les plus intenses pour elle et Maxime. Dans Le Ventre de Paris, ce sont les Halles Centrales de Paris qui engloutissent complètement les personnages. Ainsi la société se divise entre les gras et les maigres, et toute une hiérarchie est construite à partir de ces paramètres. Le grand projet de Zola est de faire une étude de l’hérédité, mais c’est aussi une recherche sur la nature et son influence sur l’homme. La nature de l’hérédité, mais aussi la nature même accueillant les descendants d’une famille. Au final, Zola montre bien cette hérédité qui passe d’une génération à l’autre, mais pour en observer toutes les facettes, il crée une diversité de contextes et de lieux où la folie issue de Tante Dide, entre autres, se vit de différente façon.

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