La personne âgée en institution : communication et éthique

Le risque d'infantilisation ou de chosification des personnes âgées dépendents par l'équipe soignante est un problème récurrent en gériatrie.

Le placement en institituion peut constituer un problème majeur pour les personnes âgées qui se retrouvent coupées de leur milieu de vie et de leur famille. Le temps de la relation est écourté par les soignants souvent en sous effectif, ainsi les seniors restent seuls face à leur quotidien, leur avenir et la peur de mourir seul devient oppressante.

Ne pouvant établir ce sentiment, les personnes âgées tendent à demander plus d’attention, en manifestant des signes physiques (constipation, insomnie…), pris en compte par les soignants parce que assimilés à une pathologie ; ou en créant une relation de contact basée sur la régression (la personne âgée devient enfant et le soignant-parent).

L'infantilisation : un problème à prendre en compt e:

Lorsque l’infantilisation s’instaure, la personne âgée perd toute sa particularité : c’est une destitution totale de ses jours à venir, car le soignant, souvent dans un souci de protéger, devient le seul à savoir ce qu’il faut faire, ce qui est bon ou mauvais pour la personne. Ainsi tout dialogue entre adultes est suspendu.

L'implication du soignant:

Qu’est-ce qu’un soignant ? C’est une personne qui s’occupe d’une autre personne, mais pas n’importe laquelle, une personne en perte de santé (ou une personne vieillissante, dans notre cas). Son travail s’inscrit dans un cadre philosophique (droits de l’homme), mais aussi législatif et réglementaire, qu’il est indispensable de bien connaître. Ces soignants s’occupent des êtres humains, rassemblés dans une communauté, l’humanité, composée d’individus reliés entre eux par un état physique, émotionnel, philosophique et spirituel (il s’agit du concept de l’humanitude).

Les particularités des êtres humains et leur incidence sur le soin

  • Chaque homme est unique. Tout d’abord, chaque être humain est unique, nul n’est semblable, il ne peut y avoir de soin unique, des techniques identiques pour tout le monde, les protocoles ne sont que des cadres de référence.
  • Chaque homme est différent. L’homme se caractérise par ses différences : son sexe, sa couleur, sa forme, ses croyances. Le respect des différences est le pilier du soin : aider sans juger, admettre et comprendre, tolérer.
  • L’homme se tient debout. L’homme est un animal qui se tient debout ; la verticalisation, la marche ou au moins le faire quitter le lit apparaissent comme des éléments fondamentaux du soin.
  • L’homme communique. Par le langage, mais aussi par des signes non – verbaux. Ces langages sont culturels. Dans la pratique, donc, on ne peut aider sans tenir compte de la perception du soin et du soignant par le patient et comme pour un concert, il faut accorder les violons de la communication verbale et non verbale.
  • L’homme ressent des émotions. Le comportement de l’homme est géré par deux systèmes interactifs : le système intellectuel et le système émotif. Le soin, donc, doit s’exercer dans une complicité émotionnelle, le patient ne doit pas être un objet ni le soignant-un mécanicien.
  • L’homme évolue dans l’espace. L'espace est représenté par l’environnement de l’homme, mais aussi ses proches. Les soignants doivent, donc, s’ouvrir à la famille et la faire participer.
  • L’homme évolue dans le temps. Le temps comprend le passé, le présent et l’avenir. Le soignant doit connaître le passé du patient pour adapter le soin ; le présent est interactif : le comportement de l’un est directement déterminé par le comportement de l’autre. En fin, la perception du futur du patient me permet d’adapter mes comportements soignants : comment nourrir quelqu’un qui ne vit que dans l’angoisse de sa mort ?

QUINDOZ Danielle, Vieillir, une découverte , PUF, 2008, Paris

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