Scream 4, soudain le vide...

La dimension auto-référentielle de la saga culmine dans ce dernier volet tardif loin de tenir ses promesses...

Sidney Prescott (Neve Campbell) retourne à Woodsboro afin de promouvoir son livre, Out of Darkness , évoquant les crimes perpétrés dix ans plus tôt. Alors qu'elle retrouve de vieilles connaissance, Dewey (David Arquette) devenu Shérif, Gale Weathers (Courtney Cox) dont l'aura a décliné, et qu'elle découvre la nouvelle génération d'adolescents entourant sa cousine Jill (Emma), les meurtres recommencent de plus belle. Et personne ne semble à l'abri des terribles exactions du tueur...

Nouvelles règles?

Plus qu'une révolution dans l'histoire courte et peu glorieuse de la saga (un classique pour deux suites faiblardes) de Kevin Williamson, cette séquelle tardive, pousse à son zénith la mise en abyme au coeur des trois précédents volets. L'introduction savoureuse, donne le ton avec un double enchâssement, où la terreur vire à la bouffonnerie, avec dans sa ligne de mire, la production industrielle de remakes dans laquelle s'est enlisée Hollywood, qui confond justement remake et copie. Dès ces deux séquences tirées des suites de Stab , le jumeau fictif de Scream Wes Craven, établit la glose métafilmique en régime dominant de son dernier long métrage. A l'instar de cette scène d'ouverture qui singe celle du glorieux opus matriciel, le film entier adopte vis-à-vis de celui-ci l'attitude d'une suite/remake. Le but de cet exercice d'auto-analyse semble de combler par le post-modernisme les douze ans séparant ce volet du second, le dernier écrit par Williamson. Ce dernier revisite des pans entiers de son travail, via une intrigue où le tueur s'inspire des crimes de Stab , qui ne sont autres que ceux dépeints dans le premier Scream . La nostalgie inhérente au projet (sans doute en partie responsable de son succès à l'international, alors qu'aux Etats-Unis le bilan est mitigé ), se voit ainsi amener au rang de moteur à l'intrigue, et le scénariste a eu l'intelligence de refondre les séquences revisitées à l'aune de la technologie actuelle, et de modifier leurs enjeux. Là où les ados du film originel se servait de leur savoir en matière de film d'horreur pour toucher à forme d'authenticité de caractère, ici cet héritage se retourne contre eux, qui tendent non plus à échapper au tout venant des héros des slashers, mais au contraire à transformer leur réalité en film d'épouvante. La multiplicité des appareils technologiques, de communication (iphone, ordinateurs portables tous connectés au net) ou audiovisuels permet de créer un monde où la barrière entre fiction et réalité devient de plus en plus floue. A ce propos la reprise de la séquence de la fête tirée du premier Scream , illustre cette idée, reprenant la péripétie qui veut que Gale mette l'endroit sous vidéosurveillance. Sauf que cette fois, elle utilise pas moins de quatre caméras, symptôme de la prolifération des images propre à notre époque. Plutôt que de tenter de rivaliser directement avec les nouveaux canons du cinéma horrifique que Craven semble abhorrer ( Saw en prend plein la figure au détour de plusieurs répliques assassines) , le réalisateur préfère ainsi jouer la carte d'une post-modernité qui a toujours été la marque de fabrique de la saga. Ce qui rend le visionnage du film assez étrange, puisque fonctionnant toujours sur le programme codifié, sans surprise du slasher conventionnel, mais pourvu d'une dimension réflexive omniprésente, souligné à quasiment chaque ligne de dialogues. Soucieux de ne pas sombrer dans la mode du remake (il est pourtant le producteur de plusieurs reprises de ses classiques, dont La Dernière maison sur la gauche et La Colline a des yeux ), Wes Craven, parsème chaque séquence reprise de l'original de son commentaire ou d'un détournement de ses enjeux. Le climax calqué sur celui de 1996, en change les données principales, les motivations du tueur devenant plus tordues, où il ne s'agit plus d'être héros du film, mais victime premier pas vers la médiatisation. Car la portée métatextuelle de Scream 4 jusqu'alors orpheline d'un réel propos, raccroche in extremis, d'une certaine manière logiquement au mythe du quart d'heure de gloire warholien. A la clef une belle scène d'automutilation à la fois drôle et malsaine. Evitant de justesse le discours réactionnaire sur une nouvelle génération adepte de la starification rapide via une bonne dose de caricature, le réalisateur livre un final pas loin d'égaler celui de son modèle. Malheureusement il lui manque pour cela la brutalité et une figure meurtrière charismatique. De plus cette révélation arrive hélas tardivement, quoique logique, elle laisse tout de même un goût d'inachevé, entériné par une confrontation finale digne d'un mauvais téléfilm.

La coquille vide

Certes le travail de fond entrepris sur l'héritage des trois films est conséquent, plaisant pour les fans heureux de retrouver des situations connues réinvesties de trouvailles diverses, mais on lui reprochera à nouveau, comme à ses ancêtres de manquer d'une véritable contre-proposition cinématographique. En tant qu'acte isolé, vision cynique de la sclérose du slasher, Scream premier du nom fonctionnait, prônant justement le second degré dans la fiction comme alternative à son mécanisme factice. Le deuxième volet, commençait à montrer de sérieuses lacunes incapable de proposer autre chose qu'un discours facile sur l'inanité des séquelles, trop occuper à délivrer le programme standard d'un slasher qui bien que se voulant plus malin aurait pu se passer de cet alibi réflexif. On passera volontiers sur la mise en abyme franche du troisième, avec son film dans le film inoffensif, terminé sur une révélation finale risible. Ce quatrième épisode conduit sa dimension métafilmique comme une fin en soi, puisque ne racontant pas grand chose, hormis cette phrase slogan " Don't fuck with the origina l". Une fois évacuée, sa fable sur les méfaits de la médiatisation inscrite en relation avec le phénomène engendré par Scream , difficile de trouver un réel enjeu dramatique au film. Si l'idée dans la logique d'une parodie de remake de donner comme motivation au tueur de remplacer Sidney l'éternelle victime (tout comme chaque remake espère secrètement supplanté son modèle?) s'avère astucieuse, la révélation se devine rapidement. Ajoutons à cela que Craven tout en raillant les remakes et les suites, oublie par la même occasion de donner un contre-exemple fort de remake audacieux, le cynisme profond qu'il adopte le protégeant de toute prise de risque, rappelant inconsciemment aux spectateurs qu'ils assistent bel et bien à un film. Dont les défauts sont par ailleurs impardonnables. Bien que les retrouvailles avec le trio des vieux héros, largués par cette époque nouvelle, campés par des acteurs survivants du système hollywoodien, soient réussies, réactivant à nouveau notre nostalgie, force est de constater que les nouveaux protagonistes manquent tous d'épaisseur. Difficile de s'attacher à ces ados bavards, sans substance, présents uniquement pour servir de chair à canon au tueur en série. Lequel semble toujours aussi peu effrayant, desservi par des cadrages en scope rarement inspirés. La mise en scène de Wes Craven, jadis brillant lorsqu'il mettait à mort Drew Barrymore ou Jamie Kennedy, s'abîme ici dans un surdécoupage peu adéquat avec le format d'image retenu (le 2:40 implique un découpage économe, dont Carpenter s'est fait le chantre). La photographie de Peter Deming, chef opérateur de David Lynch, vraisemblablement calquée sur celle des opus précédents, est quant à elle d'une laideur rare. Ce qui conduit Scream 4 à un rapport équitable entre son indigence de fond et de forme, qui passerait peut-être mieux si l'ensemble n'affichait pas toute cette prétention réflexive, qui devient au final le cache-misère d'un spectacle par instant sympathique, quoique bien souvent pénible.

Fiche technique

Réalisation: Wes Craven. Scénario: Kevin Williamson. Interprètes: Neve Campbell, David Arquette, Courtney Cox, Emma Roberts, Rory Culkin... Musique: Marco Beltrami.

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